« Les détracteurs ? On leur répond en accueillant »

Jean Miossec a 84 ans. Prêtre retraité et secrétaire de l’association Digemer, il consacre désormais sa vie à aider les migrants et les demandeurs d’asile.

Comment a été créee Digemer ?

En 2012, des familles des Balkans, du Moyen-Orient et autre pays en guerre occupaient différents espaces à Brest mais elles étaient à chaque fois chassées par la police. Je suis parti les aider et me suis demandé pourquoi elles étaient à la rue. Il n’y avait pas assez de logements pour les demandeurs d’asile.  En 2014, l’association Digemer a été officiellement créée pour loger et nourrir les migrants et demandeurs d’asiles qui se retrouvent sans hébergement et sans argent.

Combien de bénévoles rassemblez-vous ?

Entre les accompagnateurs et les donateurs, il y a environ 300 bénévoles. Ils s’organisent pour loger les migrants et les demandeurs d’asile, les aident à s’acclimater à la vie ici. On leur apprend le français, on les conseille pour qu’ils soient en bonne santé. On se charge également de les aider au niveau administratif.

D’où provient le budget de l’association ?

L’argent vient des dons mais aussi des réserves parlementaires. En 2015, Patricia Adam, une députée, a donné 50 000 euros pour vingt associations brestoises dont Digemer, suite à la publication de la photo d’Aylan Kurdi, l’enfant échoué sur la plage.

Comment vous organisez-vous pour loger les demandeurs d’asiles et les migrants ?

Avant que l’association ne soit créée, en 2013, le préfet du Finistère Jean-Jacques Brot a accordé son autorisation pour accueillir les personnes en besoin. Cependant, la préfecture n’avait pas assez d’hébergements pour loger les demandeurs d’asiles et les migrants. Avec les bénévoles d’autres associations, nous avons donc recherché des hébergements gratuits. Puis nous avons sollicité des particuliers. Nous avons demandé à des propriétaires qui vendaient des logements d’héberger les migrants par exemple.

Depuis 2016, de plus en plus de familles de demandeurs d’asiles ont été déboutés. Elles n’ont ni argent, ni logement, ni de quoi manger. Digemer s’est donc consacrée à ces familles plutôt qu’à la recherche de logements car la préfecture ne faisait rien.

Puis en 2017, nous avons développé l’hébergement citoyen, c’est-à-dire que nous avons invité des personnes à accueillir des migrants et des demandeurs d’asiles temporairement.

L’année dernière, Digemer a développé les « 100 pour 1 toit ». L’association propose à 100 personnes de donner 5 euros pour un mois. Grâce à ces 500 euros, Digemer peut payer le loyer et les charges. Actuellement, il doit y avoir une quinzaine de « 100 pour 1 toit ».

Quels sont les moyens utilisés pour sensibiliser les Brestois ?

On utilise la presse, notre site internet, la télévision… C’est très important pour l’association car cela permet de convaincre les citoyens ou les administrations publiques. d’aider les migrants.

Quel est le message que vous voulez porter à tous les Brestois ?

Je veux accueillir et encore accueillir. Tant que les pays pauvres ne se développeront pas, il y aura de plus en plus de migrants. La France doit continuer à les recevoir. Les jeunes qui viennent d’Algérie par exemple font des études pour réussir. Mais après cela, vers 25 ans, ils ne peuvent pas travailler car ils n’ont pas leur carte de séjour. Ils ne peuvent pas rester éternellement ici sans rien faire. On se doit de les accueillir et de les aider.

Que répondez-vous à tous ceux qui ne veulent pas accepter la présence des migrants ?

On répond par l’action. Il y a de plus en plus de gens qui accueillent les migrants. Quand on a à faire à une famille qui souhaite accueillir, on leur demande s’ils connaissent quelques personnes qui peuvent elles aussi héberger et ainsi de suite. Cela ne sert à rien de faire des grands discours. C’est comme ça qu’on répond aux détracteurs : on répond en accueillant.

En Italie, la population ainsi que certains politiciens refusent d’accueillir les migrants. Qu’en pensez-vous ?

Pas d’accord ! Le Pape, pendant un voyage, avait proposé que chaque commune puisse accueillir une famille de migrants. Cela aurait été la solution ! Et donc l’association essaye d’agrandir son dispositif « 100 pour 1 toit » dans chaque commune. On en a aux alentours de Brest, et ça fonctionne ! La solution est que le plus de personnes possibles rencontrent des migrants et se rendent compte qu’ils peuvent être utiles. Et donc, le racisme s’abaisse. C’est ça la solution : l’accueil !

Propos recueillis par Corentin MAUGE

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