Beaux-Arts, les femmes à l’honneur

Du 27 juin 2019 au 5 janvier 2020, le musée des Beaux-Arts de Brest, associé au musée des Beaux-arts de Rennes, consacre une exposition éphémère, « La Vraie vie est ailleurs », aux femmes artistes du XXème siècle.

Elles sont nées hors de la France mais elles ont eu le courage de s’affranchir de leur pays d’origine pour vivre de leur passion, en France. Marie-Jo Bonnet fervente féministe qui assure le commissariat, rend hommage à ces femmes souvent oubliées. Sculptrices, peintres, architectes ou encore poètes, elles ont eu une influence sur l’art français dominé majoritairement par des hommes. Alors que les femmes artistes représentent encore aujourd’hui moins de 1% des oeuvres présentées dans les musées , l’exposition brestoise met en lumière leur talent. 

« Son oeuvre est resté à son aurore », Etienne Martin

Juanna Muller est née à Santiago le 12 février 1911 et a étudié aux Beaux-Arts de sa ville natale. Elle émigre en Europe en 1937 et s’installe à Paris grâce à une Bourse. S’inspirant de la culture Inca, elle fonde ses oeuvres sur une structure carrée et une parfaite symétrie. Le minéral comme le bronze, le végétal comme la pierre, Juanna Muller travaille ces matériaux différents pour dompter ses forces contradictoires. Néanmoins son travail ne connait pas autant de succès que celui de son mari et Juanna Muller se suicide tragiquement en 1952.

« Mes dix doigts de peintre étaient des radars qui exploraient cet extérieur et tâtaient l’intérieur béant qui fuyait… »

Charlotte Camis est née à Alep, en Syrie, le 29 juillet 1913 et est élevée chez les dames de Sion, une congrégation religieuse. Elle arrive en France qu’en 1935 à l’âge de 22 ans. Pour échapper à l’antisémitisme durant la Seconde Guerre Mondiale, elle se réfugie en Corse avec son mari, épousé en 1942, Tony Lazzerini. Plus tard, Charlotte Camis se lance dans l’abstraction lyrique. Après avoir exposé dans de nombreuses galeries, elle participe aux Biennales. Proche des scientifiques, elle retranscrit, à travers ses oeuvres, l’idée d’une 4ème dimension où se mêlent la perte de la réalité et de l’identité. Ce n’est qu’en 1972 que Charlotte Camis obtient la nationalité française. Son passeport devient alors une oeuvre. Elle consacre le reste de sa vie à la libération de la femme à travers son association « La Spirale » en 1972 et meurt d’une tumeur au cerveau en 1982.

« La peinture nous reflète, c’est un miroir miraculeux dans lequel le monde extérieur voit notre monde intérieur… » 

Véra Pagava est né à Tiflis, en Géorgie, le 27 février 1907. Elle s’exile à Paris en 1923, à l’âge de 16 ans, lorsque son pays natal est envahi par les Soviets. Elle n’y reviendra jamais. En mai 1944, elle expose pour la première fois à la galerie Jeanne Bucher et y reste jusqu’en 1960. Elle connait une vie solitaire et pauvre. En 1966, elle représente la France aux Biennales de Venise, où une salle est consacrée à ses aquarelles. A travers ses oeuvres, Véra Pagava évoque un univers mystique, singulier où l’art est concret et abstrait à la fois. Elle meurt en 1988.

« J’ai quitté un bloc pour n’appartenir à aucun autre. Ni exilée, ni émigrée. Transnationale. » 

Judit Reigl est née à Kapuvar, en Hongrie, le 1er mai 1923. Elle étudie aux Beaux-Arts de Budapest, puis vit deux ans en Italie où elle rencontre la femme de sa vie, Betty Anderson. Par huit tentatives, elle essayera de passer le rideau de fer et s’évade de la Hongrie communiste en 1950. André Breton lui permet d’exposer pour la première fois en 1954 à « L’Etoile scellé ». Inscrite dans le mouvement surréaliste, Judit s’engage dans l’abstraction et le travail de l’inconscient. Ses oeuvres se caractérisent par leur taille imposante car Judit Reigl cherchait à prendre de la place à l’heure où les femmes étaient oubliées. Plus tard, elle acquiert une influence internationale, avec une exposition personnelle au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. 

« Césaire m’a donné la nostalgie des grands soleils cruels connus sous d’autres cieux »

Simone Boisecq est née à Alger le 7 avril 1922. Elle suit des cours du soir aux Beaux-Arts en sculpture avant d’entrer à l’Agence France Presse comme rédactrice en 1942. L’agence l’envoie à Paris en septembre 1945. L’année suivante, elle rencontre le sculpteur Karl-Jean Longuet qui deviendra son mari et le père de ses enfants, Frédérique et Anne. Son mari aura une grande influence sur elle et verra lui aussi son travail devenir important. La Pyramide, le cercle, le cône et le rectangle, Simone Boisecq crée une sculpture de signes plus que de significations. La question de l’exil sera une thématique très présente dans ses oeuvres. A partir de 1960, elle se lance dans des sculptures architecturales en plein air qui se retrouvent exposées dans de nombreuses villes françaises. Simone Boisecq meurt le 6 août 2012.

Marta Pan est née à Budapest en Hongrie, le 12 juin 1923. Après des études de sculpture aux Beaux-Arts, elle arrive en France en 1947. Entourée de sculpteurs, elle se fait un réseau important qui l’aidera dans sa carrière. Elle obtiendra alors la nationalité française et exposera ses oeuvres dans la galerie Arnaud. Maurice Béjart intègrera son oeuvre Teck comme pièce centrale d’un de ses ballets et fera accroitre la notoriété de Marta Pan. Ses oeuvres mêlent formes élémentaires, matériaux nobles comme contemporains et s’oriente vers la sculpture d’oeuvres publiques. Elle participera notamment à la création de la rue de Siam à Brest où elle intègre ainsi la sculpture à l’environnement urbain.

Emma DUMONT et Lôani SILVA

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